
Pour accélérer la transition vers une économie durable, l’Alliance africaine pour l’économie circulaire (ACEA) a identifié cinq « Big Bets ». Ce sont cinq domaines à fort impact capables de concilier création d’emplois, innovation et protection de l’environnement. Chacun de ces domaines traduit la vision d’une Afrique qui croît sans gaspiller.
Les systèmes alimentaires
L’Afrique perd chaque année des millions de tonnes de denrées après récolte. L’ACEA propose de réduire les pertes et valoriser les déchets agricoles en compost, biogaz ou intrants organiques. Ces innovations circulaires permettent de régénérer les sols, d’améliorer la sécurité alimentaire et de créer des revenus ruraux durables.
Emballage et plastique
L’Afrique génère environ 150 millions de tonnes de déchets plastiques par an. 13 % des déchets municipaux en Afrique sont du plastique et finissent à la décharge.
La plupart ne sont pas gérés de manière circulaire. Pourtant, l’industrie du plastique recyclé pourrait générer des milliards de dollars en valeur ajoutée et créer des centaines de milliers d’emplois.
L’ACEA a déjà démontré son leadership en ce domaine en développant, en partenariat avec l’Organisation africaine de normalisation (ARSO), une norme continentale pour le PET recyclé (rPET). En Côte d’Ivoire, par exemple, plusieurs initiatives de collecte et de recyclage du plastique ont émergé ces dernières années, générant des revenus pour les collecteurs informels et créant des emplois formels dans les unités de transformation.
Mode et textile
L’industrie textile africaine emploie plusieurs millions de personnes et génère des dizaines de milliards de dollars en revenus. Pourtant, c’est aussi l’un des secteurs les plus polluants; 73 % des matériaux entrant dans le système du vêtement sont perdus après usage.
Utiliser des fibres durables et renouvelables, concevoir des vêtements pour la durabilité et la réparabilité, développer des systèmes de collecte et de recyclage des textiles usagés, créer des marques africaines circulaires compétitives à l’échelle mondiale; un énorme potentiel qui pourrait faire de l’Afrique un hub mondial de la mode circulaire.
Électronique et déchets électroniques
La production mondiale de déchets d’équipements électriques et électroniques augmente de 3 à 4% par an et a dépassé 57 millions de tonnes en 2021.
Ces déchets contiennent des métaux précieux or, argent, cuivre mais aussi des substances toxiques. Une économie circulaire pour l’électronique revient à :
- Concevoir des appareils durables et réparables
- Développer des infrastructures de collecte et de démontage sûr
- Récupérer les métaux et matériaux précieux
- Créer des emplois dans la réparation et le recyclage
Le Nigeria, par exemple, est devenu un centre régional de collecte et de démontage de déchets électroniques, attirant des investisseurs et créant des emplois.
Urbanisation
L’Afrique connaît une croissance urbaine explosive. D’ici 2050, plus de 60 % de la population africaine vivra dans les villes. Cette urbanisation crée une demande massive de matériaux de construction. Les villes africaines croissent de 4 % par an, plus vite que la moyenne mondiale.
Une construction circulaire implique l’utilisation des matériaux durables et locaux, la conception des bâtiments pour la durabilité et la déconstruction, la valorisation des débris de construction plutôt que l’enfouissement de ceux-ci. C’est également la création d’emplois dans la conception, la construction et la déconstruction.
Le Kenya a lancé plusieurs initiatives de construction circulaire, notamment des projets utilisant des matériaux recyclés et des techniques de construction durable.
En Côte d’Ivoire et au Nigeria, des projets de transformation des déchets agricoles en biogaz et en biofertilisants circulaires ont montré des résultats prometteurs, générant des revenus supplémentaires pour les petits agriculteurs.
Loin d’être de simples domaines isolés, ces cinq priorités sont des axes stratégiques qui se renforcent mutuellement. En combinant innovation, inclusion sociale et respect de l’environnement, ils pourraient générer des millions d’emplois verts tout en renforçant l’autonomie industrielle du continent.
La rédaction